Hélène's Universe

Ambassadrice de la Littérature Afro-Caribéenne

Bonjour, je suis ravie d’être de retour avec une nouvelle chronique et une nouvelle catégorie. Cette nouvelle catégorie est dédiée à un(e) auteur(e) et ses œuvres.

J’ai décidé de débuter avec une auteure ayant écrit deux ouvrages jusque-là et qui a connu un accueil chaleureux pour son premier roman (adulte), intitulé Là où les chiens aboient par la queue; et oui je parle bien d’Estelle-Sarah Bulle.

Qui est Estelle-Sarah Bulle?

Née en 1974 à Créteil, son père est guadeloupéen, sa mère grandie à la frontière franco-belge. Suite à des études au sein de la capitale française et à Lyon, elle finit par travailler pour des cabinets de conseil et pour diverses institutions culturelles par la suite. Elle vit désormais dans le Val d’Oise et décide de se lancer dans l’écriture de son premier roman il y a quelques années.

Estelle-Sarah Bulle

Quelle est son oeuvre?

Son premier roman, Là où les chiens aboient par la queue nous conte une fresque familiale. Roman chorale mêlant l’autobiographie et la fiction, nous partons avec 3 membres d’une fratrie qui nous dévoilent des conversations intimes et parfois des secrets de famille.

J’ai quitté Morne-Galant à l’aube parce que c’était la seule façon de ne pas cuire au soleil. Morne-Galant n’est nulle part, autant dire une matrice dont je me suis sortie comme le veau s’extirpe de sa mère: pattes en avant, prêt à mourir pour s’arracher aux flancs qui le retiennent. J’ai vu ça des dizaines de fois avant mes sept ans, la naissance du veau qui peu mal finir. Papa laissait toujours faire; c’était à la nature de décider qui devait mourir.

Là où les chiens aboient par la queue, Estelle-Sarah Bulle, Liana Levi (2018)

Le roman est scindé en 3 parties suite à une “introduction” qui permet de rentrer dans l’histoire.

En effet, dans cette “introduction” nous découvrons le besoin d’une jeune nièce voulant (mieux) connaître son histoire et la revivre. Née en région parisienne elle permet à bon nombre de replonger dans un passé afin d’embrasser le destin d’une génération d’Antillais ayant toujours vécue entre deux mondes.

L’auteure nous livre un roman qui se déroule en Guadeloupe (Département et/ou Région d’Outremer) et pays des petites Antilles; de la Caraïbe.

Elle raconte l’histoire de la famille Ezechiel. À travers les paroles de Lucinde, Antoine et Petit-frère dans les années 40 et 50 au sein d’une ville de la campagne guadeloupéenne.

Puis lors de différents déplacements: dont le passage à Pointe-à-Pitre. Et lors du commerce dans les autres pays de la Caraïbe. Et enfin à travers l’exil lors d’un départ pour l’Hexagone (la Métropole), la France.

À travers cette fiction, certains personnages se livrent et se délivrent. Antoine qui hérite d’un “nom de savane” est une femme indépendante qui semble mener la danse, tandis que Lucinde et Petit-Frère sont un peu plus “dociles”.

Avec un titre qui nous donne des pistes sur la destination de ce voyage. Parce que le titre est une traduction littérale d’un proverbe guadeloupéen: “La chyen Ka japé pa ké“, c’est aussi une façon de toucher certains et d’interpeller d’autres.

C’est un roman que j’ai apprécié lire, car il nous permet de (re)tomber dans certaines époques peut-être moins connues pour ces enfants de la Caraïbe qui ont (toujours) vécu dans la nostalgie des îles.

De plus, nous pouvons découvrir des brides de la vie culturelle avec la musique, ou encore l’architecture d’un certain quartier de Pointe-à-Pitre. Il y aurait tant à dire…

Credit photo: Murielle Greffin Larochel
@ayiz_blog
Parure: @ayizana

Quinze ans plus tard, en parlant avec Antoine, je comprenais que je devais être aussi libre qu’elle; me souvenir sans me retourner sans cesse. C’était finalement le lot et la chance des Antillais, ces passagers perdus qui voyagent sur tous les continents, de New York à Saint-Louis du Sénégal, de Caracas à Shenzhen. J’apprenais à aimer mon histoire et la matière dont elle était faite; une succession de violences, de destins liés de force entre eux, de soumissions et de révoltes.

Là où les chiens aboient par la queue, Estelle-Sarah Bulle, Liana Levi (2018)

J’aimerais maintenant vous parler de son deuxième roman: Les fantômes d’Issa. Roman jeunesse publié en Janvier 2020 aux Editions l’écoles des loisirs, nous invite à suivre les aventures d’une (pré)adolescente de 12 ans en Région Parisienne.

Issa est issue d’une famille mahoraise (de Mayotte) plutôt modeste.

Issa a un secret. Cela s’est produit des années plus tôt et depuis ce secret réside dans un jardin secret, qui ne cesse de la hanter. Aujourd’hui, elle veut s’en défaire et vivre sa vie. Mais comment? Elle a vécu presque toute sa vie avec cette culpabilité et cette honte qui ne la quitte plus.

Ainsi, elle décide d’écrire un journal afin de nous conter cette journée où la mésaventure s’est produite et pour peut-être enfin vider son sac. Mais va-t-elle y arriver?

Les Fantômes d’Issa, Estelle-Sarah Bulle; L’école des loisirs (2020)

1.

Pourquoi j’écris ce journal

Les cauchemars sont encore revenus. Ça fait quatre ans maintenant que j’en ai presque toutes les nuits. Peut-être que ce journal va me soulager. Peut-être qu’écrire la grosse bêtise que j’ai faite la fera diminuer un peu dans ma tête. Maintenant que j’ai douze ans, je pense que je peux revenir en arrière et tout écrire, je suis assez bonne en français. Mais c’est difficile de commencer. Par où débuter : au moment où j’ai commis cette erreur fatale, quand j’avais à peine huit ans ? Avant ? Avant, c’est mieux. Comme ça, ce sera clair. En écrivant, ce qui est arrivé deviendra juste une histoire, avec un sens et, je l’espère, une fin.

Donc je reviens au début et je raconte tout, mais ce journal, il faut que j’arrive à bien le planquer. Si mes parents le lisaient et apprenaient ce que j’ai fait, ils mourraient de honte. Déjà qu’ils ont honte d’exister sans même avoir rien fait de mal, alors s’ils savaient…

Je me décide à écrire parce que, depuis quelques mois, j’ai une véritable amie. Elle s’appelle Charline. Elle ne connaît pas mon secret, mais, si je devais le confier à quelqu’un, ce serait à elle. Et puis j’ai Salto aussi, mon petit frère. Ça fait deux raisons d’être honnête avec moi-même.

Les Fantômes d’Issa, Estelle-Sarah Bulle; L’école des loisirs (2020)

Ce roman a été un vrai coup de cœur pour ma part. J’ai adoré me plonger au sein de ce livre jeunesse et de ressentir ce que pourrait ressentir une jeune adolescente.

Aussi, abordé un thème qui n’est pas souvent aperçu dans les écrits et qui n’est pas forcément au centre de l’intrigue était pour moi une belle expérience. Aujourd’hui, les enfants sont très exposés et certaines pratiques jadis méconnues sont présentes au quotidien et font l’objet de certains motifs abordés dans l’oeuvre. Je parle donc du harcèlement, la culpabilité des parents (parce qu’ils viennent d’un ailleurs) par exemple.

Son premier roman, Là où les chiens aboient par la queue, a reçu des critiques élogieuses et remporté plusieurs prix, dont le Prix Stanislas du premier roman 2018 ainsi que le Prix Eugène-Dabit du roman populisteLes fantômes d’Issa est son deuxième roman.

J’espère que cet article vous plaira et que cette nouvelle catégorie nous permettra d’apprendre davantage et de partager nos impressions et nos avis.


Je vous souhaite de belles lectures et du courage pour faire face à cette crise.

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